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Dossier Tariq Ramadan : Nacira Menadi, Salim Laibi, Yamine Makri et Siham Andalouci

Mis à jour : juin 30

Les dessous d’un plan




Le dossier avance et ses rebondissements aussi. Au fil des mois l’histoire se reconstitue. Un certain nombre de personnes interrogées lors de l’enquête préliminaire n’ont pas dit la vérité et sont bien plus impliquées dans le dossier qu’elles ne l’avouent. C’est notamment le cas de Nacira Menadi, plus connue sous le nom de « Vanessa de Beur FM », et Salim Laibi, soutien de l’extrême droite, qui écrit sur son blog « Le Libre Penseur ».

Nacira Menadi, alias Vanessa de Beur FM, cherche à piéger Tariq Ramadan depuis 2008


Nacira Menadi alias « Vanessa Beur FM » est une animatrice radio, opposante du professeur d’Oxford. Elle a été interrogée par la police durant l’enquête et a laissé entendre qu’elle n’était au courant de rien. Or Nacira Menadi écrit depuis 2008 des posts, avec l’intention de « détruire la réputation de Tariq Ramadan », comme elle le dit elle-même, et intervient sous plusieurs pseudonymes dans ce but. Nacira Menadi est la meilleure amie de la compagne de Gilles Kepel, Yasmine Kepel. Elle est au courant des intentions de certaines des plaignantes, notamment « Brigitte », la plaignante suisse, et « Christelle » la deuxième plaignante, et elle sait qu’elles n’ont jamais parlé ni de violence sexuelle, ni de viol. En effet, courant 2008 Vanessa Nacira Menadi a créé un email « Avocate clean ». Son but est de réunir d’autres femmes qui souhaiteraient piéger Tariq Ramadan et dévoiler sa vie privée notamment à travers un livre.


Via ces échanges (des posts et des e-mails), le dialogue s’est ouvert avec « Brigitte », la plaignante suisse. Cette dernière s’est fait passer pour plusieurs femmes en dialoguant avec Nacira Menadi, qui a elle aussi différents pseudos pour faire croire qu’elles sont nombreuses. Nacira Menadi s’en plaint à Zeguendi dans une correspondance qui va être versée au dossier et qui mentionne la plaignante suisse. Elle accuse « Brigitte » de prendre la parole sous plusieurs identités. Elles collaborent tout de même ensemble pour mettre en place un plan. Dès novembre 2008, Nacira Medani déclare sur le blog de Khalil Zeguendi : « Ah ah, quand je pense que tout cela va être révélé dans les prochaines semaines, je me marre, Mr DES GRANDS PECHERS (sic) ».


Un an plus tard, le 6 novembre 2009, Nacira Menadi rencontre Caroline Fourest et organise une rencontre, le 13 novembre, entre « Christelle », Caroline Fourest, Yasmine Kepel et Denise Wilke (témoin cité dans le dossier par « Christelle » et « Brigitte », qui aurait mis les deux femmes en lien et qui a versé des informations décisives à la police). Elles se retrouvent au « Train bleu » à Paris dans le but d’établir un plan et de « faire tomber » Tariq Ramadan : les quatre femmes aimeraient profiter du débat en direct que Caroline Fourest doit avoir avec l’intellectuel, le 16 novembre 2009.


D’après Caroline Fourest, c’est Denise Wilke qui l’aurait mise en contact avec « Christelle ». Or, dans un échange retrouvé par la brigade criminelle, « Christelle » dit clairement à Denise Wilke avoir déjà contacté Caroline Fourest, grâce à Nacira Menadi et Yasmine Kepel, et elle ajoute que Fourest ne souhaite pas attaquer Tariq Ramadan sur « ce plan- là » (sa vie privée).




Christelle confie alors à Denise : « Mais nous on va s’occuper de faire tomber sa carrière politique à notre façon lol ». Le soir du débat entre Caroline Fourest et Tariq Ramadan, Nacira Menadi, Yasmine Kepel et « Christelle » sont sur le plateau de l’émission « Ce soir ou jamais » (« Christelle » n’a pas de béquille) et elle est hébergée par Nacira Menadi.

D’après les enquêtes de la brigade criminelle, Nacira Menadi a plus de 56 contacts (SMS ou appels) avec Henda Ayari et « Christelle », avant et après leur plainte (entre le 6 mai et le 6 novembre 2017). Elle est en contact avec Yasmina Bougaiz dès 2008 et avec Majda Bernoussi dès 2009. Elle poste des messages sous de fausses identités et répand des informations et des fake news « anti-Ramadan » sur de nombreux blogs, Facebook, Oumma.com, etc. Ces blogs (cinq) et ces messages (qu’on a voulu effacés) ont été retrouvés sur le Net et seront versés au dossier : ils prouvent que Nacira Menadi a menti à la police, qu’elle a participé à un plan pour « faire tomber Tariq Ramadan » et qu’elle savait qu’il n’y avait ni violence, ni viol.

Salim Laibi, créateur de fake news

Autre nom central dans le dossier, Salim Laibi, un « petit blogueur excité » de la région marseillaise qui est devenu bien silencieux dans le cadre du dossier Tariq Ramadan. Pourtant il apparaît très tôt dans l’affaire et il est l’un des acteurs clefs du plan destiné à faire tomber Tariq Ramadan, contre qui il a « une haine et une jalousie obsessionnelles » selon un ancien de ses collaborateurs. Il sait que ces femmes, notamment « Brigitte », « Henda Ayari » et « Christelle » n’ont jamais parlé de viol ni de violence sexuelle. En effet, depuis 2008, avec Alain Soral, son ami de l’époque, il gravite autour de ces femmes et les incite à agir et à piéger Tariq Ramadan. Il est en lien avec Nacira Menadi, « Brigitte » et « Christelle » depuis 2008 et avec Majda Bernoussi dès 2009.


Il reconnaît, lors de son audition à la police, qu’il a mis en contact, à la demande d’Alain Soral, « Christelle » et Henda Ayari en 2012 (elles avaient d’abord affirmé, en 2017, au moment de leur plainte, ne pas se connaitre).

Il a écrit un nombre incalculable d’articles sur Tariq Ramadan et les infidélités qu’il lui prête. Bizarrement à partir de 2017, soit au moment de la plainte de Henda Ayari, il efface la plupart de ses articles (qui ont été retrouvés et qui seront versés au dossier) : le blogueur marseillais d’extrême droite ne parle pas de violence sexuelle ni de viol, mais d’ « infidélités » et d’ « adultère » qu’il prête à Tariq Ramadan pour détruire sa réputation.


Il contacte et pousse à la délation de nombreuses femmes, notamment Karima Bouftila de Montpellier (connue sous le pseudonyme de « Karima Binetna »), très active sur les réseaux et qui avouera à Mediapart n’avoir jamais rencontré Tariq Ramadan. D’après une source proche du blogueur Salim Laibi, « Il sait que ces femmes mentent mais il hait tellement Tariq Ramadan que tout simplement, il s’en fout, ce qui importe c’est sa chute ».

Comme le disait le journaliste Aziz Zemouri à son sujet, « son site de fake news compte plus d'un million de vues par mois, Salim Laïbi n'a aucune limite, pas même celles qu'impose la loi. » Rappelons que dans son ouvrage "Ils aiment l'Islam", Salim Laïbi cite honteusement Adolf Hitler. Le blogueur d’extrême Droit est sous le coup de plusieurs plaintes et d’autres sont en route, d’après nos sources.

Yamine Makri et Siham Andalouci, de la fraternité aux mensonges il n’y a qu’un pas

Yamine Makri et Siham Andalouci, deux anciens soutiens de Tariq Ramadan, ont accepté d’être interviewés par Bernadette Sauvaget au moment où elle préparait son livre. De façon très curieuse, ils omettent tous deux de dire à la journaliste d’où ils auraient reçu les informations qui leur auraient fait réaliser « la double vie » présumée de Tariq Ramadan. D’après des informations vérifiées, ce n’est pas au travers des enquêtes de Yamine Makri qu’ils auraient « réalisé » quoi que ce soit, comme ils le déclarent à Bernadette Sauvaget, et à d’autres au cœur de la communauté musulmane.


Yamine Makri et sa deuxième femme parlent bien à la journaliste d’un voyage en Tunisie, mais ils omettent de parler de celui chez qui ils ont séjourné durant ce voyage, à savoir l’homme d’affaire sulfureux Lotfi Bel Hadj, qui est une connaissance de longue date et une des sources de … Bernadette Sauvaget. C’est sans doute grâce à Bel Hadj qu’ils ont accepté cette interview.

Lotfi Bel Hadj a admis à plusieurs reprises, et devant plusieurs témoins, avoir illégalement hacké de nombreuses adresses emails, dont une de Tariq Ramadan. Il aurait montré à Yamine Makri et à Siham Andaluci « des preuves et des documents » pour les pousser à rompre avec leur ami. Yamine Makri a d’abord raconté avoir trouvé des informations à la suite de sa propre enquête. Il a dû ensuite reconnaître que ces informations lui étaient parvenues par une autre source. Il a enfin déclaré avoir « effacé toutes les données transmises » par Lotfi Bel Hadj.


Il n’a jamais pu montrer une seule preuve de ce qu’il avançait et il a plusieurs fois menti aux soutiens de Tariq Ramadan pour les pousser à se distancer de lui « au nom de l’islam ». Il a affirmé que « Christelle serait satanique et agirait sous l’ordre de Satan, Tariq Ramadan serait franc-maçon et changerait de voix la nuit… ».


L’activiste lyonnais a véhiculé un nombre incalculable de fausses informations concernant Tariq Ramadan dans la communauté musulmane, dont la source était souvent Lotfi Bel Hadj, mais sans l’avouer à ses interlocuteurs. Yamine Makri, que Lotfi Bel Hadj qualifie de « musulman fragile », a été le pion de l’homme d’affaire sulfureux et manipulateur.

Deux anciens membres de l’ « Union des Jeunes Musulmans » (UJM) ont été choqués par les propos de Yamine Makri et par son attitude. Il leur aurait affirmé de vive voix que « Tariq Ramadan était un agent de l’Occident », qu’ « il travaillait contre la communauté musulmane » et que « ses livres étaient dangereux et qu’il ne fallait plus les vendre » (Makri a supprimé toutes références aux œuvres de Tariq Ramadan du site des éditions Tawhid). Le revirement de Yamine Makri et de sa seconde épouse, n’est pas dû, selon ces deux anciens collaborateurs de l’UJM, à leur volonté de défendre l’islam, « comme ils le disent ». L’un d’eux a émis des hypothèses : « Yamine Makri ou Siham Andalouci ont peut-être des casseroles et la DGSI leur a fait du chantage ; ou il a toujours ses problèmes d’argent et il a été manipulé par Lotfi Bel Hadj ou peut-être même Siham, avec du chantage sur leur polygamie ; ou y a quelque chose derrière qu’on sait pas, peut-être sa vie privée... » L’autre ancien collaborateur a ajouté : « Essayer de faire croire aux musulmans qu’on défend l’islam contre Tariq Ramadan, en allant donner une interview à cette journaliste islamophobe qui travaille dans le journal du sioniste Drahi, qui est lui aussi islamophobe. Désolé, ça le fait pas ! ».


La relation entre Yamine Makri, Siham Andalouci et Lotfi Bel Hadj est peut-être au centre de l’énigme. Le couple collabore encore régulièrement à son journal en ligne le « Muslim Post ». Rappelons que l’homme d’affaires était en contact avec Jean-Claude Elfassi et Me Francis Szpiner depuis plusieurs années avant les plaintes (il semble qu’il soit dans la même loge maçonnique que Me Szpiner).



Il a rencontré Elfassi et Szpiner à de multiples reprises en 2018 tout en se faisant passer pour un soutien auprès des proches de l’intellectuel. « C’est un pervers narcissique qui manipule, autour de lui il n’y a que rumeurs, magouille et destruction. Il est obsédé par le fric ! » nous indique une ancienne proche, qui l’a côtoyé pendant plusieurs années. De nombreux organes de presse ont récemment révélé que Lotfi Bel Hadj a cherché à manipuler des élections en Afrique à travers sa société « UReputation » et au moyen de faux comptes Facebook. Le laboratoire de recherche américain « Digital Forensic Research lab » (DFR-Lab) relève que l’engagement de UReputation « semble avoir été motivé par le gain financier, car il n’y a pas de continuité idéologique qui se dégage du contenu. » De nombreuses plaintes ont été annoncées par des candidats à l’élection présidentielle tunisienne, après les révélations sur « l’opération Carthage » dans laquelle Lotfi Bel Hadj est impliqué. Affaire à suivre.

La nouvelle équipe d’avocats, déjà très active, a pu mettre en avant un certain nombre de nouveaux éléments. Cette équipe de conseils, dont les membres sont connus pour ne rien laisser passer, est en train de changer la donne. Le fiasco judiciaire qu’est l’affaire Tariq Ramadan continue son virage à 180 degrés pour la plus grande satisfaction des férus de justice.

Kader Mokhtari

© 2019 par Le réveil citoyen

                  DIM Production 

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